Sur la musique

juillet 31, 2008

(…)

Comme la poèsie, la musique a pour moyen d’expression le souffle sonore. Mais tandis que le poète fabrique et ajuste dans l’atelier de sa bouche les mots sortis de sa cervelle, le compositeur attache son attention à ce chant seul, conduit par l’émotion, qu’il écoute issir au plus profond de sa cavité intérieure. Il parle à quequ’un au-dehors de lui-même, il raconte son âme, ce qu’il désire, ce qu’il regrette, ce qui lui est arrivé, ce qu’il voit, ce qu’il ne voit pas, et tout cela combien c’est beau, combien c’est amer, combien c’est doux, ou déchirant, ou terrible, ou au contraire amusant et ce n’est pas la peine d’y penser.

Et tout cela par une certaine action exercée sur la modulation de notre jet sonore, qu’il s’agisse de l’anche de notre larynx ou de celle de l’orgue, ou de la corde interrompue, par le doigt vibrant sous la descente et la remontée de l’archet, ou de quelque tuyau adapté à nos poumons, éclatant ou mélancolique.

Le sentiment sous la poussée de l’âme se gonfle et se détend, il essore par tous les degrès de la gamme jusqu’à l’aigu, il descend à la cave, il roucoule, il vocifère, il meurtrit, il caresse, il pense; passager, mais inépuisable, il s’écoute jouir au-dessus du temps d’une espèce d’état bienheureux dont il est lui-même la source. Par le son, le silence nous est devenu accessible et utilisable. Psyché a dépouillé cette robe de paroles qui s’embarrassait à toutes les ronces et aucune muraille ne lui offre plus d’opacité. Un dieu m’a inspiré cette phrase nue à qui rien ne résiste, ni le destin, ni le malheur, ni ce coeur jusqu’ici en vain sollicité, ni le mystère de ma propre âme. Elle éveille Lucifer et elle endort Argus. De la naissance à sa conclusion la mélodie, par une exploitation bienheureuse d’elle-même, la voilà successive et simultanée qui s’offre à moi dans une évidence ineffable et dans la sécurité au sein de la vocalise intransgressible d’une libération par le délice. C’est le thème. Elle est à ma disposition, j’en suis maître et je n’ai plus qu’à m’en servir. Muni de cette clef, et pour une âme profondément composée et recueillie une seule note lui suffirait, que de portes il me reste à interroger!

(…)

L’oeil écoute, Paul Claudel, éd.Gallimard, 1946.

Liberté

juillet 29, 2008


Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunis
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Dur miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.
Paul Eluard
in Poésies et vérités 1942
Ed. de Minuit, 1942

Ton souffle me manque

juillet 29, 2008

On peut peut-être en parler ?

Une brûlure

juillet 27, 2008

Et la vie continue

juillet 24, 2008

La douleur…

C’est l’amère potion par laquelle le médecin qui est en

vous guérit votre âme morbide. Fiez-vous donc au méde-

cin et buvez son remède en silence et tranquillement, car

sa main, quoique lourde et rude, est guidée par la main

tendre de l’invisible, et la coupe qu”il apporte, quoiqu’elle

brûle vos lèvres, a été modelée de l’argile que le potier

humecta de ses larmes sacrées.

Khalil Gibran, Le Prophète

juillet 21, 2008

L’une des pages du Dictionnaire de la Psychanalyse, Encyclopaedia Universalis, Albin Michel, 2001, p.82, au hasard :

CONSCIENCE prise de

Le paradoxe aurait dû s’imposer depuis Freud :  La prise de conscience ne rend pas conscient ce qui ne l’est pas; elle n’admet (et ne garde) à la conscience claire que ce qui la sert sans la gêner, sans l’humilier, sans la troubler. Si quelque chose l’ennuie, elle le chasse ou s’y efforce. Si quelque chose l’offusque, l’irrite, elle ne l’affronte guère, ou elle ne l’affronte que le jour où elle est en mesure de le dominer : en attendant, elle ne l’aborde que de biais, elle le tient en retrait ou en réserve (la mémoire des offenses n’est pas la plus transparente, mais c’est la plus tenace). Si enfin quelque chose heurte la conscience ou la blesse, ou, comme on dit, la traumatise, elle réagit si vite et si intensément qu’elle ne s’en rend même pas compte : elle l’enregistre (elle opère donc bien comme conscience), mais elle le refoule, elle le comprime activement; elle le vit comme comprimé, refoulé. Et elle préfère subir les contrecoups de ce braquage pluôt que de soutenir en face ce qui lui paraît insoutenable. Elle continue à se comporter comme conscience, puisque le refoulé fait encore partie de ses prises, puisque aussi elle applique sa règle constante qui est de distinguer parmi ses prises réelles ce qu’elle peut laisser venir, sans en être trop agitée, trop perturbée, jusqu’à la prise en considération. N’accède à cette dernière, qui est la prise de conscience psychologique, que ce qu’elle peut supporter, même sous forme déguisée, contrefaite, névrotique, de ce qui est tombé une fois sous ses prises effectives, de ce qui reste pris en elle.

(…)

Henry Duméry

(…)

Se détacher autant qu’il se peut de ce qui, survivant en l’être de trop lourd à porter, rend douloureuse et freine la progression, même si ce qui l’entrave est pour une bonne part ce qui la motive, en assure la continuité, fût-elle devenue presque imperceptible et sans cesse comme à la veille de se rompre.

(…)

Vient un moment où le savoir acquis fait barrage au cheminement. Comme s’en délester ne serait pas une mince affaire, autant se résigner à en porter la charge, quoiqu’il ne soit plus d’aucun secours. Mais enfin sait-on jamais? se dit le voyageur prévoyant, les choses peuvent changer de telle manière qu’on ne sera pas fâché, le cas échéant, d’avoir ce bagage sous la main pour parer à toute éventualité. Précaution qui, n’en verrait-il pas l’utilité, le réconforte, du moins pendant une partie infime du trajet, car il suffit de peu, d’un très léger doute sur la sûreté de son instinct pour lui faire perdre courage à nouveau. Le plus étrange est qu’au lieu de s’en remettre comme prévu aux leçons de l’expérience jugées décidément inefficientes, il s’accorde une pause, quitte à passer le reste de ses jours dans l’attente de ce qui va venir le tirer d’embarras, relancer le mouvement et lui désigner la voie, à supposer qu’il y en ait une, et une seule parmi d’autres, qui ne mène pas tout droit vers l’abîme.

(…)

Pas à pas jusqu’au dernier, Louis-René Des Forêts, Mercure de France, 2001.

Giuseppe Penone

juillet 18, 2008

Peau de feuilles [Pelle di foglie], 2000
330 x 180 x 130 cm; module de Respirer l’ombre: 78 x 117 x 7 cm

© Centre Pompidou.

Et le cruel amour que j’accuse a changé en constante douceur l’amertume de vivre.

Pétrarque
Extrait de Canzoniere

Pour J.B.

juillet 15, 2008

Chose promise, …

Abécédaire (intro), G. Deleuze.

Une pensée pour mon papa

juillet 13, 2008

Et puis, un souvenir :

Ne louez et ne blâmez personne avant de l’éprouver, car les hommes sont des caisses fermées dont la clé est l’épreuve.

Proverbe arabe.