Sommeil, où es-tu ?
février 10, 2009
Par les gestes silencieux de l’amour, nous avons élargi le champ du langage. (19)
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Instants inaccomplis
Il est des instants qui n’ont pas eu leur accomplissement et demeurent en suspens.
Ils avaient un mérite (en eux, nous avions mérité d’entrer dans l’extraordinaire), portaient en eux une promesse (comme s’ils nous avaient fait entrevoir en un clin d’oeil quelque chose de la vie véritable). Je citerai, par exemple, ces instants de parfaite entente avec autrui – presque mystique -, où il suffirait d’un rien pour que nos âmes, comme dépouillées d’elles-mêmes, s’élèvent d’une élévation subite et vertigineuse, et, en même temps, s’effondrent l’une dans l’autre, embrasées dans une même joie d’amour.
Mais ces instants s’éteignent, sont brouillés et nécessairement gâchés à cause du côté humain de l’homme, de sa réticence, de sa prudence, de sa respectabilité – qui ne sont d’ailleurs que des manifestations et des modes de l’essentiel reflux de chaque conscience sur elle-même. (133)
DE L’AMOUR, Pensées trouvées dans un vieux cahier de dessin, Marcel Conche
Nostalgia
février 7, 2009
En grec noèsis et nostos sont de même souche.
Penser c’est regretter. Regretter c’est voir ce qui
n’est pas sous les yeux. C’est la faim qui hallu-
cine ce dont elle manque. C’est le veuf qui voit le
visage de l’épouse dont il est privé. C’est le fri-
gorifié qui attend le soleil. Penser, désirer, rêver
ont pour base un venir qui ne cesse pas, un
sous-venir qui persiste sous le venir au sein de
tout ce qui arrive dans l’Avent. Un jadis les
fonde. Corps perdu et jadis sont tout proches
l’un de l’autre. Dans le premier roman qui fut
écrit dans ce monde, quand le roi Gilgamesh ne
sait plus quoi faire, quand il lui faut trouver un
stratagème, une ruse pour se sortir d’une situa-
tion périlleuse et dont le péril se fait imminent, il
dit à Enkidou qu’il va dormir afin de faire un
rêve qui figurera le but à atteindre – et comment
l’atteindre – dès l’instant où il le lui aura répété
sous forme de langage.
Chapitre XII, Abîmes, Pascal Quignard.
La porte des nuages
février 5, 2009

Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan in Lin Hwai-min’s “Wild Cursive.” Photo: Cal Performances.
Par Clara Haskil