mars 22, 2011
Pesanteur, force, percussion et impulsion sont filles du mouvement,
car elles sont issues de lui.
Pesanteur et force désirent toujours leur mort, et chacun se maintient
par la violence.
L’impulsion est souvent la raison pour laquelle le mouvement prolonge le désir
de la chose mue.
*
La force n’est rien d’autre qu’une vertu spirituelle, une puissance invisible créée et implantée par la violence accidentelle de corps insensibles dans des corps sensibles, leur donnant un semblant de vie ; cette vie est merveilleuse et fonctionne, contraignant et transformant en lieu et forme toutes les choses créées, courant avec fureur à sa propre destruction, et en cours de route produit des effets différents selon les circonstances.
La lenteur l’augmente et la vitesse l’affaiblit.
Elle vit de violence et meurt de liberté.
Elle transforme et contraint tout corps à changer de position
et de forme.
Une grande puissance lui donne un grand désir de mort.
Elle chasse avec fureur tout ce qui s’oppose à sa destruction.
Transmutatrice de formes variées.
Elle est hostile à tout ce qui la contrôle.
Elle est toujours en rébellion avec les désirs naturels.
Partie de peu, elle grandit lentement et devient une puissance
effrayante et merveilleuse.
Elle désire toujours s’ affaiblir et s’étendre.
Contrainte elle-même, elle contraint tous les corps.
Sans elle, rien ne se meut.
Sans elle, on n’entend ni son ni voix.
Sa vraie semence est dans les corps sensibles.
Extrait Léonard de Vinci, Les Carnets, Observations et ordre naturel, ML Editions, Paris, 2006, p.188.