Alors, ça vient ?

novembre 20, 2009

C’est un homme qui va chez son médecin (sexologue) parce qu’il ne “vient plus”.

- Docteur, je ne viens plus ! Le médecin l’examine et lui donne des cachets.

- Vous prenez ces cachets. Si vous venez, ne revenez pas. Mais si vous ne venez toujours pas, eh bien ! Revenez me voir…

Quelques semaines plus tard, l’homme est à nouveau chez le médecin. Il s’adresse à la secrétaire :

- Mademoiselle, je suis venu il y a quelques semaines parce que je ne venais pas. Le médecin m’a donné des cachets et m’a demandé de ne pas venir si je venais, mais que si je ne venais pas, de revenir aussitôt. J’ai pris les cachets et je suis venu. Alors, je ne suis pas revenu. Cependant, maintenant je ne viens plus, alors me revoici.

La secrétaire va parler au médecin :

- Docteur, il y a ici ce type à qui vous aviez demandé de ne pas revenir, s’il venait et de venir, s’il ne venait pas. Il est venu, donc il n’est pas revenu. Mais, aujourd’hui, il ne vient plus, alors il est venu.

Le docteur lui répond :

- Parfait, mademoiselle, faites-le venir.

Et la secrétaire lui répond :

- C’est ce que j’ai fait, docteur et il est reparti.

L’Oiseau captif

octobre 18, 2009

Car quand il pleut et le soleil des cieux
Ne reluit point, tout homme est soucieux.

CLÉMENT MAROT.

………Yet shall reascend
Self raised, and repossess its native seat.

LORD BYRON.

Depuis de si longs jours prisonnier, tu t’ennuies,
Pauvre oiseau, de ne voir qu’intarissables pluies
De filets gris rayant un ciel noir et brumeux,
Que toits aigus baignés de nuages fumeux.
Aux gémissements sourds du vent d’hiver qui passe
Promenant la tourmente au milieu de l’espace,
Tu n’oses plus chanter ; mais vienne le printemps
Avec son soleil d’or aux rayons éclatants,
Qui d’un regard bleuit l’émail du ciel limpide,
Ramène d’outre-mer l’hirondelle rapide
Et jette sur les bois son manteau velouté,
Alors tu reprendras ta voix et ta gaîté ;
Et si, toujours constant à ta douleur austère,
Tu regrettais encor la forêt solitaire,
L’orme du grand chemin, le rocher, le buisson,
La campagne que dore une jaune moisson,
La rivière, le lac aux ondes transparentes,
Que plissent en passant les brises odorantes,
Je t’abandonnerais à ton joyeux essor.
Tous les deux cependant nous avons même sort,
Mon âme est comme toi : de sa cage mortelle
Elle s’ennuie, hélas ! et souffre, et bat de l’aile ;
Elle voudrait planer dans l’océan du ciel,
Ange elle-même, suivre un ange Ithuriel,
S’enivrer d’infini, d’amour et de lumière,
Et remonter enfin à la cause première.
Mais, grand Dieu ! quelle main ouvrira sa prison,
Quelle main à son vol livrera l’horizon ?

Théophile Gautier, Premières poésies

mai 25, 2009

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie

Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,

Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties

Sans un geste et sans un soupir,

Si tu peux être amant sans être fou d’amour ;

Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre

Et , te sentant haï, sans haïr à ton tour,

Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles

Travesties par des gueux pour exciter des sots,

Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles,

Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,

Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois

Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,

Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,

Sans jamais devenir sceptique ou destructeur

Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître,

Penser, sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,

Si tu peux être brave et jamais imprudent,

Si tu peux être bon, si tu sais être sage,

Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite

Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,

Si tu peux conserver ton courage et ta tête

Quand tous les autres les perdront ;

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

Seront à tout jamais tes esclaves soumis

Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un Homme, mon fils.

Rudyard KIPLING

Tandis qu’à leurs oeuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes
Et cisèle des boutons d’or.

Dans le verger et dans la vigne,
Il s’en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l’amandier.

La nature au lit se repose ;
Lui descend au jardin désert,
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges,
Qu’aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neiges
Et les violettes aux bois.

Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l’oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d’argent du muguet.

Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d’avril tournant la tête,
Il dit : ” Printemps, tu peux venir ! “

Theophile Gautier, Recueil : Emaux et camées

Bob Dylan

avril 3, 2009

Richard Prince

mars 29, 2009

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Venere del Canova, 1989.

Deux légendes

mars 22, 2009

Celle de Guanyin, bodhisattva qui s’incarna en princesse : elle refusa de se marier et devint nonne dans un monastère bouddhique ; son père, furieux, fit incendier le monastère, mais elle parvint à s’échapper. Son père étant tombé malade et ne pouvant être sauvé que par quelqu’un qui sacrifierait un de ses yeux et une de ses mains, Guanyin s’arracha un oeil et se trancha une main. Bouleversé de remords, son père la reconnut et elle lui apparut alors sous sa véritable forme de bodhisattva compatissante aux mille yeux et aux mille mains.

Celle du Bouvier et de la Tisserande : le Bouvier, chassé de chez son frère, entendit son buffle parler et lui dire de se rendre au bord d’un certain lac où il verrait des fées célestes se baigner. Il cacha les vêtements de l’une d’elles, fit ainsi sa connaissance et l’épousa. Le couple eut deux enfants. Mais un jour, la Reine  Mère du Ciel vint rechercher la fée, car c’était la Tisserande qui brodait les nuages du couchant. Quand le Bouvier revint, le soir, sa femme avait disparu et ses deux enfants étaient en pleurs. Entre-temps, le buffle était mort mais, avant de mourir, il avait recommandé au Bouvier de garder sa peau et de la mettre sur ses épaules s’il voulait qu’un de ses voeux se réalise. Le Bouvier mit donc la peau sur ses épaules, plaça chacun de ses enfants dans un panier aux deux bouts d’une planche, demanda à rejoindre sa femme et s’éleva dans le ciel. Quand la Reine Mère du Ciel vit qu’elle allait être rattrapée, elle tira une épingle à cheveux de son chignon et traça un trait dans le ciel ; ce fut l’origine de la Voie lactée et, dès lors, le Bouvier et la Tisserande sont devenus deux constellations séparées par la Voie lactée ; heureusement, le septième jour du septième mois lunaire, les pies forment un pont pour permettre aux amants de se rejoindre.

Passagère du silence, F.Verdier, 2003

Sommeil, où es-tu ?

février 10, 2009

Par les gestes silencieux de l’amour, nous avons élargi le champ du langage. (19)

*

Instants inaccomplis

Il est des instants qui n’ont pas eu leur accomplissement et demeurent en suspens.

Ils avaient un mérite (en eux, nous avions mérité d’entrer dans l’extraordinaire), portaient en eux une promesse (comme s’ils nous avaient fait entrevoir en un clin d’oeil quelque chose de la vie véritable). Je citerai, par exemple, ces instants de parfaite entente avec autrui – presque mystique -, où il suffirait d’un rien pour que nos âmes, comme dépouillées d’elles-mêmes, s’élèvent d’une élévation subite et vertigineuse, et, en même temps, s’effondrent l’une dans l’autre, embrasées dans une même joie d’amour.

Mais ces instants s’éteignent, sont brouillés et nécessairement gâchés à cause du côté humain de l’homme, de sa réticence, de sa prudence, de sa respectabilité – qui ne sont d’ailleurs que des manifestations et des modes de l’essentiel reflux de chaque conscience sur elle-même. (133)

DE L’AMOUR, Pensées trouvées dans un vieux cahier de dessin, Marcel Conche

La porte des nuages

février 5, 2009

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Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan in Lin Hwai-min’s “Wild Cursive.” Photo: Cal Performances.

Plus longtemps je ferme les yeux et mieux ils voient

Car de jour ils ne voient qu’objets dont on n’a cure

Mais quand je dors, en rêve ils n’admirent que toi

Obscurément brillants, ils brillent vers l’obscur


Toi dont l’ombre peut rendre les ombres brillantes

Comme il ferait bon voir s’en dessiner la chair

En plein jour avec ta clarté plus éclatante

Puisqu’aux yeux non-voyants ton spectre est aussi clair !


Comme il ferait bon (dis-je) à mes yeux satisfaits

D’admirer dans le jour vivant ta profusion

Puisqu’un fond de la nuit ton beau spectre imparfait

Malgré le lourd sommeil reste aux yeux sans vision !


Les jours ont l’air de nuits avant que je te voie

Les nuits de jours brillants quand rêver t’offre à moi.


William Shakespeare